Chèr-e-s collègues,

tout d'abord nous tenons à exprimer notre solidarité et notre empathie avec tous les salariés et leurs familles qui vivent des moments difficiles, soit du fait de leur confinement, soit du fait leurs angoisses liées à l'épidémie ou, hélas, soit du fait de leur hospitalisation ou de celle de leurs proches.

Les élus sont à vos côtés, plus que jamais, et vous pouvez les contacter à tout moment, ils répondront à vos questions. Vous pouvez pour cela utiliser tous les canaux habituels, téléphones, mails, sites des différentes instances.

Il est nécessaire aujourd'hui de faire un point sur la situation qu'a vécu Ricoh cette semaine, afin de mettre un terme à un certain nombre de doutes sur les événements :

- depuis le début de la crise, les élus ont fait pression sur la direction pour mettre à l'abris le plus grand nombre de salariés, en particulier, au début, pour mettre ceux qui pouvaient télétravailler (même partiellement) en télétravail à 100%, comme le conseillait le gouvernement. A ce moment-là, les salariés éligibles ne pouvaient, dans certains services, que télétravailler un nombre de jours restreint, par roulement, ce qui à nos yeux n'avait que peu de sens. Organiser des roulements revenait à forcer ceux qui le pouvaient à s'exposer à un risque de contamination inutilement. La direction émettait enfin une note clarifiant la situation le 16.3. Que de jours perdus, pendant lesquels les salariés ont été exposés !

- suite à l'intervention d'élus du CSE dénonçant l'impossibilité de respecter une distanciation sociale sur les lignes du RR, la direction acceptait enfin le 16 mars la mise au chômage partiel de cette ligne. Le temps de réorganiser les lignes pour reprendre le travail ensuite..!

- depuis lundi 16, nous exhortions la direction à mettre tous les salariés à l'abris, sachant que nous avions voté la possibilité d'enclencher le chômage partiel lors du CSE du 12 mars. Grâce au régime d'exception mis en place par le gouvernement, l'intégralité des 84% du salaire net auquel les salariés ont droit est remboursé à l'employeur (ce qui n'est pas le cas dans le régime classique du chômage partiel), et ce à concurrence de 4,5 fois le SMIC. Ricoh n'a donc que peu de frais en termes de charge salariale en y ayant recours, sauf pour les salaires très élevés, à savoir une poignée de personnes.

- dès lundi matin, des salariés non concernés par le télétravail exerçaient leur droit de retrait et le CSE émettait mardi un droit d'alerte, considérant que les mesures de protection prises par Ricoh étaient soit insuffisantes, soit difficilement respectables ou pas respectées, sans compter les risques de violences liées à cette situation. Nous rappelions que le gel hydroalcoolique distribué était périmé depuis 2011, que le restaurant d’entreprise servait les repas sans gants et sans masques, que les gardiens distribuaient les badges aux visiteurs de la main à la main, sans précautions particulières de nettoyage. Pour rappel, le médecin du travail, en réunion CSSCT du 12.3, indiquait que le port de masques sans gants ne servait à rien, et que d'ailleurs il ne préconisait pas le port du masque chirurgical, car des services d'urgence avec des malades avérés en avaient plus besoin que nous. Selon lui, l'essentiel était l'application stricte des gestes barrières et la distanciation de 1m minimum entre les salariés. Précisons aussi que le masque chirurgical n'est pas le masque adapté aux personnes saines souhaitant se protéger du virus, seul le masque FFP2 le permet. Les masques chirurgicaux sont une solution "de fortune" et ils servent essentiellement à éviter la projection de postillons, et n’ont qu’une durée d’efficacité de quelques heures.

https://intersyndicale-rif.com/index.php/autres/126-droit-d-alerte-cse

https://intersyndicale-rif.com/index.php/autres/125-lettre-ouverte

- le mardi matin, de très nombreux droits de retraits avaient lieu au TBG et au MRO, paralysant la production, et les élus étaient appelés par les salariés pour convaincre la direction d'arrêter les activités, les peurs et les angoisses prenant le dessus. Pendant les discussions avec la direction, un de nos élus était accusé de vouloir faire couler l'entreprise et de faire de la « propagande » par un cadre dirigeant : on voit bien là les priorités des uns et des autres. Les masques tombent... et les leçons seront tirées à la fin de la crise.

- devant cette levée de boucliers, la direction indiquait qu'elle avait (enfin) entendu les craintes (que les élus relayaient pourtant depuis longtemps), et que les salariés ayant peur pour leur santé étaient autorisés à rentrer chez eux, dans le cadre du chômage partiel. Régime pas applicable à ce moment-là, mais c'est un détail d'ordre administratif...

- cependant, elle faisait appel à des volontaires pour continuer à faire tourner l'activité. Elle n'avait donc toujours pas compris que les mesures de protection n'étaient, à nos yeux, pas suffisantes, et que l’heure n’était plus à la production coute que coute.

- le 18.3 se tenait un CSE extraordinaire, dont le procès-verbal sera mis en ligne la semaine prochaine, après approbation. Chacun jugera de son contenu. Malgré l'arrêt de l'activité principale, la direction insistait pour maintenir encore quelques activités, dérisoires en comparaison des risques encourus et du peu de bénéfice qu'elle pouvait en tirer. Un renforcement (tardif) des mesures de prévention était décidé, dont le nettoyage des postes (par qui ?), la distribution de masques en nombre suffisant (et non pas un seul par jour comme initialement imaginé), et le port de gants... 

- Choqués et révoltés par le manque d'analyse des risques et de mesures insuffisamment efficaces, l’intégralité des élus du CSE (14 titulaires et 14 suppléants) prenait position commune pour se décharger, non de leur mandat comme la direction l’écrit dans ses mails, mais de leur responsabilité en cas de situation dramatique (décès liés au virus), estimant avoir tout tenté pour convaincre la direction, qui s’entêtait inconsciemment et ne semblait pas avoir pris la mesure du danger. Elle se cachait pour cela derrière des directives parfois contradictoires du gouvernement : « restez chez vous, mais allez travailler si les activités sont indispensables ». La question est de savoir si notre activité est indispensable à la survie de la nation, mais aussi à la survie du groupe, une fois le TBG à l’arrêt. Cela constituait pour nous un acharnement aveugle et inutile. Les salariés, même volontaires, peuvent contaminer leurs familles, et un cas contact étaient encore sur le site mercredi, ainsi que des apprentis. Nous estimions tous que Ricoh n’exerçait pas son devoir de protection en les invitant à venir travailler.

C’est un débat de fond, qu’il faudra avoir. Chacun a sa perception du danger, et elle n’est pas la même d’une personne à l’autre. Toutefois, pour les élus, il n’est pas possible de laisser les salariés s’exposer, même de façon supposément « contrôlée ». Le principe de précaution doit primer, car personne ne connait aujourd’hui la dangerosité réelle du virus sur l’ensemble de la population. Ce qui désormais est certain, c’est que le virus n’est pas que dangereux pour les personnes âgées.

- Enfin, nous apprenions, par voie de presse le 19.3 au soir que Ricoh arrêterait ses activités début de semaine prochaine alors que ce même jour les élus recevaient une information de la direction indiquant qu’elle prévoyait un arrêt à partir du 27 mars. Nous lui demandions des éclaircissements, que nous attendons encore. Les salariés sont encore à ce jour appelés pour savoir s’ils veulent venir travailler. Alors, arrêt ou pas arrêt ?

Une constante ressort de ces événements : la direction n'était pas en mesure de protéger de façon certaine ses salariés, mais a fait le forcing le plus longtemps possible pour continuer à produire. Le message était clair : produire est plus important que la santé et la vie du personnel. 

Un débat doit s'ouvrir sur l'intérêt de garder une activité économique en période de pandémie, et il le sera. Evidemment toutes les entreprises, frappées de plein fouet par cette crise, vont subir des pertes. Tout le monde en est au même point, même les concurrents, même les clients. Nous avons la chance, en France, de pouvoir être pris en charge par la collectivité, nous, les salariés, mais aussi les entreprises. Les risques sont donc amenuisés. A quoi bon produire si on ne peut plus expédier, vendre, ou tout simplement si l'on met en danger ses salariés ?

Il y aura des comptes à rendre à la fin de la crise, nous engageront les actions nécessaires pour que la lumière soit faite sur les manquements de la direction dans la gestion de cette crise.

Enfin, il y aura un avant et un après crise : comment, aujourd’hui, eu égard à la façon dont les choses se sont passées et au message envoyé aux salariés (on ne s’arrête pas) les salariés, via quel qu’accord, projet ou déclaration que ce soit pourra t’elle avoir la confiance de ses salariés ? Les actes n’ont pas été joints à la parole : quand il s’est agi de protéger, la direction a choisi de produire.

C’était juridiquement possible, mais moralement et éthiquement condamnable.